26 mar 2009 par lolo
Mieux vaut tard que jamais… Le ministre de la Défense a présenté avant hier, le mardi 24 mars 2009 un projet de loi pour indemniser les victimes des essais nucléaires français. Presque soixante ans après le tir de la première bombe bleu-blanc-rouge en Algérie, l’Etat reconnaît une certaine responsabilité dans les leucémies, cancers du sein et autres tumeurs de la thyroïde dont sont atteints d’anciens militaires mais aussi des civils français, algériens et polynésiens. Le nombre de cas concernés pourrait dépasser les 100 000 personnes, selon l’Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN). Une provision de 10 millions d’euros est prévue dans un premier temps.
Après plusieurs décennies d’omerta, un coin du voile va-t-il se lever sur ce que le ministre qualifie encore « d’incidents » qui ont émaillé les 210 essais nucléaires, de 1960 à 1996 dans le Sahara et en Polynésie. Même verrouillée à double tour, par l’armée et le CEA (Commissariat à l’énergie atomique), l’histoire peu glorieuse du nucléaire militaire français a une chance de d’être enfin connue.
Alors que des dizaines de victimes, anciens militaires français, ou employés polynésiens ayant travaillé au Centre d’expérimentation du Pacifique demandent actuellement réparation devant la justice, le gouvernement pouvait difficilement continuer à fermer les yeux. D’ailleurs, les autres puissances nucléaires, la Grande-Bretagne et les USA, ont depuis longtemps payé la facture de leurs propres irradiés. Mais il est vrai que les nuages radioactifs, à l’image de celui de Tchernobyl n’assombrissent jamais le ciel de l’Hexagone.
A ce sujet, on peut voir le documentaire « Gerboise bleue » (du nom de code de la première bombe française en 1960), de Djamel Ouahab, où les derniers survivants français et touaregs témoignent des conditions incroyables du déroulement du tir quatre fois plus puissant que celui d’Hirochima. A titre d’exemple, on a simplement demandé aux soldats de se retourner pour ne pas être aveuglés par l’explosion.
En Polynésie, du côté de l’atoll autrefois paradisiaque de Mururoa, où plusieurs essais ont eu lieu dans l’atmosphère à partir de 1966, le bilan n’est guère plus réjouissant. Les quelques études indépendantes font ressortir une explosion des cancers, notamment de la thyroïde. De nombreuses malformations congénitales seraient aussi imputables aux joujoux de la force de dissuasion voulue par le général de Gaulle. Sans parler des dégâts sur l’environnement marin.
Certes satisfaites des vélléités d’indemnisation, plusieurs associations demandent en plus la levée du secret défense, dans l’espoir de savoir ce qui s’est réellement passé pendant ces 36 ans de black out. Mais ça, c’est une autre histoire.
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Quelque 150 000 civils et militaires, selon le ministère de la défense, ont participé aux 210 essais menés de 1960 à 1996 par la France. Source


On peut également voir l’excellent documentaire de Larbi Benchiha « Vent de sable, le Sahara des essais nucléaires » qui est actuellement en ligne et peut être vu gratuitement à partir du blog de Karim Sarroub